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> Accueil > Dossier > Archives > édition du 27 février 2002


 Paris flotte-t-il ? 



Fluctuat nec mergitur...
Après deux saisons hivernales (trop) bien arrosées, le risque de crue exceptionnelle à Paris est réel. Face aux conséquences économiques d'une telle catastrophe, la moindre période pluvieuse fait craindre le pire... La capitale Française aurait-elle à craindre une nouvelle crue, semblable à celle de 1910 ?

Pleins feux sur les précipitations

Les situations de crue sont la conséquence d'un enchainement d'événements, dont les précipitations constituent le point de départ.
Des sols saturés et une nappe phréatique affleurante entraînent un ruissellement des eaux pluviales. Les grands lacs de rétention des eaux pluviales, qui permettent de réguler le débit des cours d'eau été comme hiver, sont peu efficaces en cas de précipitations importantes. Notamment, la fin de période hivernale constitue un danger car ces lacs sont pratiquement pleins.

De novembre à avril, une période à haut risque
En amont des cours d'eau, les fortes pluies se propagent de manière similaire à une onde appelée onde de crue. Elle se déplace à une vitesse sensiblement différente suivant les grands bassins versants. L'état des sols, le type de gestion des barrages réservoirs, la localisation exacte des pluies les plus intenses, la fonte éventuelle de la neige, font partie des éléments qui peuvent modifier les durées moyennes communément admises.

 Les différents temps de propagation des crues par grands bassins

Conditions les plus favorables au risque de forte crue en région parisienne
Deux conditions météorologiques doivent se conjuguer pour aboutir à une crue importante :

Une première onde de crue importante liée à de fortes précipitations généralisées et durables sur l'amont des bassins, ou, a fortiori, sur l'ensemble des bassins. Les sols sont alors saturés et le débit des cours d'eau est important.
Un second épisode pluvieux important qui survient dans un délai de 3 à 7 jours.

Suivant la localisation des précipitations les plus abondantes, l'effet peut être sensiblement modifié :

proches de Paris : la réaction sera pratiquement immédiate
sur le Morvan (fréquemment sujet aux fortes précipitations) : crue maximale à Paris 3 à 4 jours plus tard
sur le plateau Lorrain et les Ardennes : effet de prolongation de la situation de crue, mais maximum moins sévère.

Un seul épisode pluvieux très sévère peut à lui seul engendrer une situation critique sur l'ensemble du bassin.

Il faut remarquer que ce processus est très différent de celui des épisodes de pluies intenses observés dans le Sud-Est de la France.

Les crues à Paris

1910, une crue mémorable
Durant 9 jours, du 20 au 28 janvier 1910, Paris a connu une crue d'une ampleur exceptionnelle. Les conditions météo à l'origine de cette crue se sont mises en place dès l'automne 1909 : fin d'année très humide, suivie par un événement pluvieux très important durant une vingtaine de jours en janvier 1910.

Le 28 janvier, après 12 jours de montée continue, le niveau de la Seine atteint 8,62 m au Pont d'Austerlitz, soit 6 m au-dessus de la cote d'alerte. L'eau paralyse la ville, la majorité des grandes usines sont arrêtées, le métro et les liaisons ferroviaires sont coupées...

Une telle crue se produit en moyenne tous les 100 ans.

voir photo Paris 1910
 Les précipitations en janvier 1910

L'urbanisation galopante
La canalisation des rivières, l'imperméabilisation des sols par l'urbanisation, la suppression des haies et des zones humides, l'insuffisance des réseaux d'eaux pluviales sont autant de facteurs favorisant les crues en zone urbaine.

Côté conséquences, la facture risque d'être lourde. De nos jours, la dépendance en énergie électrique, en transport urbain, en communications... est bien plus importante qu'en 1910. C'est pour cette raison que des plans de prévention des risques d'inondation (PPRI) ont été lancés par le Ministère de l'Environnement en 1998.

 Ministère de l'Environnement

Le film des 18 derniers mois

Pour caractériser la situation du bassin, il faut considérer les précipitations depuis l'automne 2000 car la plupart des cours d'eau n'ont pas atteint leur régime d'étiage en été 2001.

De l'automne 2000 au printemps 2001
L'automne 2000 et le début d’hiver 2000-2001 sont exceptionnellement pluvieux de la Picardie à l’Ile-de-France. En mars, la plupart des régions sont très arrosées, et en avril le Sud-Est du bassin de la Seine.

Un léger répit au printemps 2001
Le répit sur le front des précipitations observé en mai et juin 2001 a permis une amélioration relativement rapide de la situation hydrologique. Irrégulières du fait de l’activité orageuse, mais localement abondantes, les pluies de l’été ont assuré une bonne alimentation des sols en surface.
Cependant, la majorité des nappes d’eau souterraines gardaient en fin d’été un niveau très élevé, notamment de l’Ile-de-France à la Picardie.

Un automne 2001 très légèrement excédentaire
L’ensemble du bassin de la Seine est encore très arrosé en septembre. Les cumuls de précipitations du dernier trimestre 2001 ne s'avèrent que légèrement excédentaire à l’échelle du bassin de la Seine en amont de Paris, et n’atteignent pas la normale sur la partie aval.

Un début 2002 très légèrement excédentaire
Le cumul pluviométrique demeure déficitaire de 25 à 50 % par rapport à la normale en janvier. Cependant, les précipitations retrouvent un bon niveau après le 5 février, et le cumul du 1er au 24 dépasse la normale mensuelle sur l’ensemble du bassin de la Seine, à l’exclusion du bassin amont de l’Yonne, un peu moins arrosé. Au 24 février, l’excédent mensuel est déjà compris entre 50 et 75 % de la normale sur la moitié nord du bassin parisien, et reste plus modéré sur la moitié sud.
 Les cartes de précipitations sur le bassin de la Seine depuis août 2000

La situation

Malgré la période sèche observée en décembre 2001 et janvier 2002, les niveaux des nappes phréatiques sont demeurés proches de leur valeur maximale. Les sols se retrouvent totalement saturés en cette fin de mois de février.

Selon Julien Bonnet, responsable de la section Seine/Normandie à Météo-France/Ile-de-France, “le risque d’inondation pour les prochaines semaines se trouve donc directement lié à l’importance des futures précipitations, au moins jusqu’au début du printemps”.

Un rapport avec le changement climatique ?
Il est bien trop tôt pour pouvoir statuer sur cette question ! Les scénarios climatiques concernent la deuxième moitié du XXI° siècle, et présentent effectivement des risques de cumuls de précipitations intenses en hiver. Toutefois, ces pronostics ne sont pas homogènes sur la France et font encore l'objet de recherche.
 notre dossier "Les humeurs de la machine climatique"

Vigilance !

Après les deux tempêtes de 1999, notre société doit avoir conscience de notre vulnérabilité face aux catastrophes naturelles.

En cette fin de février 2002, la vigilance s'impose, compte tenu du niveau très haut des nappes phréatiques. Le débit des cours d'eau reste extrêmement réactif aux pluies un peu intenses.

Malgré les deux premières décades de décembre très sèches, le débit de la Seine à Paris a vivement réagi à l'épisode pluvieux des 28 et 29 décembre, dont le cumul de précipitations n'a dépassé le seuil de 50 mm que sur une étroite bordure est du bassin...


Voir aussi

 La DIREN (DIrection Régionale de l'ENvironnement) :
Sur Internet :Tout sur les crues en Ile-de-France sur le site de la DIREN
Par minitel : 3615 EAUSEINE
Par audiphone : 01.45.86.75.09

 Le plan de protection contre les risques d'inondation de la Ville de Paris




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