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> Accueil > Dossier > Archives > édition du 14 mai 2001


  Les humeurs de la machine climatique  

Tempêtes, inondations, violents orages, … les catastrophes naturelles auxquelles nous avons récemment assisté
sont-elles les prémices d'un changement climatique de grande envergure ? L'homme est-il responsable de ces
modifications ?

Le climat, une histoire d'échelles

Le comportement de l'atmosphère terrestre met en jeu des échelles de temps et d'espace très variées. L'écoulement de l'air à l'intérieur des villes, ou au sein d'un nuage, concerne des échelles du millimètre (turbulence atmosphérique) à la centaine de mètres, et de la seconde à quelques minutes. Par contre, l'évolution d'une perturbation atmosphérique s'effectue sur des milliers de kilomètres et sur plusieurs jours. Il est très difficile d'étudier simultanément tous ces phénomènes.
Quand on cherche à comprendre l'évolution du climat sur plusieurs années, voire plusieurs siècles, il faut considérer l'atmosphère dans un état " moyen ", et élaborer des statistiques sur une période longue. Les observations sont ainsi traitées, afin de dégager une "tendance", si elle existe.
De plus, les interactions entre l'atmosphère, la biosphère et l'océan doivent être prises en compte pour comprendre l'évolution du climat.
Les questions que l'on se pose alors concernent ce que l'on pourrait nommer " le temps en moyenne " : va-t-il faire globalement plus chaud, plus humide ? Va-t-on assister à une augmentation du nombre de situations extrêmes (tempêtes, cyclones, orages, tornades) ? Certaines questions commencent à trouver réponse, pour d'autres il est encore bien tôt pour s'avancer.

Observer sur des siècles

Il ne faut pas perdre de vue que la Terre a été régulièrement soumise à des fluctuations climatiques importantes. Pendant le Petit Age Glaciaire, entre 1450 et 1880, avec un maximum entre 1550 et 1700, les hivers sont très rudes et enneigés ; la plupart des récoltes ont été perdues à cause de températures estivales insuffisantes, et la famine qui s'ensuit a certainement contribué à amorcer la Révolution de 1789.
Ce refroidissement a également marqué la fin de la prospérité des Vikings sur les côtes verdoyantes du Groënland (baptisé par Eric le Rouge " terre verte " !) : de 900 à 1200, une période climatique relativement clémente avait affecté le Nord de l'Europe, l'optimum
climatique médiéval.
Gräce à la paléoclimatologie, et l'étude des calottes de glaces en Antarctique et au Groënland, on peut reconstituer les grandes tendances climatiques sur plusieurs milliers d'années. On apprend par exemple que les glaciations se suivent avec une période d'environ 100 000 ans, conformément à la théorie astronomique de Milankovitch. Selon cette théorie, on se dirige vers une nouvelle glaciation d'ici les 60 000 prochaines années. A vos anoraks !... à moins que l'homme, en augmentant la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère, n'altère de manière significative l'évolution ultérieure du climat.
Les récentes observations montrent que, à des échelles beaucoup plus réduites, la tendance s'inverse. Sur l'ensemble du XXème siècle, la température moyenne de la Terre a augmenté de plus de 0,6°C.

 la théorie astronomique de Milankovitch

La tendance n'est donc pas négligeable... car il s'agit de la température moyenne de la Terre en surface : cette grandeur devrait varier très peu si le climat était stable, surtout à l'échelle d'un siècle.
Jusqu'en 1900, d'après ce que l'on peut apprendre des archives historiques et des mesures indirectes (cernes des arbres, coraux, carottes glaciaires), le climat de l'hémisphère Nord a beaucoup moins varié qu'au XXème siècle.

Variations de la température moyenne annuelle de l'hémisphère Nord

Et en France ?

 L'analyse de notre climatologiste

L'homme responsable ?

L'homme serait-il capable de modifier le temps qu'il fait ? Si au jour le jour les expériences se sont révélées peu fructueuses, aux échelles climatiques, la réponse est très probablement oui.
Le développement de l'activité industrielle depuis le milieu du XIXème siècle s'est accompagné d'une émission anthropique croissante de gaz à "effet de serre". La propriété de tels gaz dans l'atmosphère consiste en un piégeage du rayonnement infrarouge, modifiant l'équilibre radiatif de la planète, et entraînant un réchauffement de l'atmosphère. Mesurée depuis 1958 à l'observatoire du mont Mauna Loa à Hawaï, la concentration atmosphérique du CO2 (l'un des principaux gaz à effet de serre) a constamment augmenté jusqu'à nos jours, de 316 ppm à plus de 360 ppm actuellement.

 Mesures de la teneur en CO2 atmosphérique à Mauna Loa (Hawaï)

L'homme est à l'origine de cette augmentation : au début du XIXème siècle, la concentration de CO2 était stable, de 280 ppm, et cette valeur n'a cessé de croître depuis, allant de concert avec les émissions de gaz carbonique dues aux activités industrielles et aux besoins croissants d'énergie de l'époque moderne. En effet, se déplacer en voiture ou en avion, se chauffer, utiliser des appareils électroménagers, réfrigérer, …tout cela contribue à modifier la composition chimique de l'air.
La déforestation est également un facteur important d'émission de CO2, lorsqu'il n'y a pas reboisement par la suite. Le CO2 n'est pas le seul gaz à effet de serre : on compte aussi les CFCs, l'oxyde nitreux N20 et le méthane CH4).
Les scientifiques sont maintenant presque certains que l'accroissement des gaz à effet de serre dans l'atmosphère est la cause du réchauffement récent du climat. En outre, personne n'est actuellement capable de démontrer l'inverse, à savoir que l'homme n'est pas responsable...

Premiers effets visibles d'un changement climatique en France?

Phénomènes exceptionnels
En France, la succession d'évènements météorologiques extrêmes de ces dernières années a été parfois perçue comme un signe du changement de climat. En fin décembre 1999, deux tempêtes très exceptionnelles ont traversé le pays. Des pluies interminables ont accablé le nord du pays d'octobre 2000 à avril 2001 générant des inondations dans de nombreuses régions comme la Bretagne, la Picardie, la région Centre, et la région Centre-Est. Le sud a été plusieurs fois victime de violents orages accompagnés de pluies torrentielles comme à Vaison La Romaine en 1992.
Ces éléments sont-ils précurseurs de changements notables ? Nos experts ne s'engagent pas sur ce domaine. La période de données à partir de laquelle Météo-France peut analyser l'occurrence et l'intensité de ces phénomènes exceptionnels est trop courte.

Il est possible de résumer la position actuelle des scientifiques de la façon suivante : "il n'est pas démontré que les événements récents soient le signe d'un changement climatique, mais quand le changement sera pleinement perceptible, il est très vraisemblable qu'il puisse s'accompagner d'une augmentation des événements extrèmes."

Hausse de température
En revanche, les différentes régions françaises connaissent à des degrés divers une hausse de température. Les 10 années les plus chaudes du siècle se sont produites depuis 1981, et sept ont eu lieu depuis 1990. A l'échelle de la planète, la plus chaude du millénaire est 1998. Le réchauffement sur la France est plus marqué vers le sud avec une hausse de température allant jusqu'à plus de 1°C, alors que le nord du pays connaît un réchauffement de l'ordre de 0,6°. Il faut noter que les tendances des températures minimales sont plus marquées que celles des températures maximales.

Evolution de la pluviométrie
Les premières études sur les précipitations montrent une tendance à la hausse des précipitations d'hiver et une diminution de celles d'été, sans différence annuelle notable.

Qu'en est-il de l'an 2000 dans le monde ?

Lire la déclaration de l'OMM sur l'état du climat dans le Monde en 2000.

 fichier PDF


Voir aussi

 Dossier sur l'effet de serre

• Sylvie Joussaume " Le climat d'hier à demain " (CNRS Editions, 1993)

• Rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'experts sur l'Evolution du Climat), 2001



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