Ma météo
 Evénement
 Dossier
 Question de la semaine
 En bref
 Archives des dossiers




> Accueil > Dossier > Archives > édition du 14 novembre 2001


 Novembre, le mois de la photo 



Tout peut être
transformé, déformé,
éliminé par la lumière.
Sa souplesse est la
même qu
e celle du
pinceau, exactement. ( Man RAY )


La météo et la photo se sont donné rendez-vous au 19ème siècle, et depuis, elles ne se sont plus quittées.

La photo révèle la météo

Le terme "photographie" signifie étymologiquement "écrire la lumière". Appliqué à la météo, c'est alors un moyen de décrypter les nuages et de les rendre vivants.
Mais l'intérêt pour la photographie est très ancien. Aristote (383-322 avant J.-C.) a non seulement écrit "Les Météorologiques", mais il a énoncé avec exactitude le principe de la camera obscura (l'ancêtre de l'appareil photo) : "…cette pièce totalement obscure laisse entrer la lumière par un trou minuscule. L'image de l'extérieur s'inscrit à l'envers sur le mur du fond et peut être recopiée avec précision". Cette "chambre noire" sera réduite en boîte à images portative pour donner naissance à la photographie en 1839 avec le daguerréotype.
L'invention de la photographie est contemporaine de la "naissance" de la météorologie : un outil et une science qui vont se croiser et s'unir en 1879, mais aussi s'enrichir mutuellement.
C'est sans aucun doute un fabuleux "coup de pouce" pour les sciences atmosphériques.

Distingués et nommés en 1802 par le météorologiste anglais Luke Howard, les nuages résistent aux termes imposés. Vers 1870, les dénominations d'Howard employées par presque tous les observateurs, sont souvent détournées de leur sens. Les membres du 1er congrès météorologique international, réunis à Vienne en 1873, conscients de ce problème, invitent les instituts et observatoires à publier des formes de nuages typiques d'un site, par le dessin, la peinture ou la photographie.
Devant l'échec de la communication verbale, l'image devient la base de travail et le projet de classification se profile.
En réponse à ce message du congrès, le météorologiste suédois, H.H. Hildebrandsson (1838-1925) et le photographe Henri Osti s'associent et appliquent pour la 1ère fois la photo à l'étude scientifique des nuages. Cette collaboration, fruit de six années de travail, aboutit en 1879 à l'ouvrage "Sur la classification des nuages employée à l'observatoire d'Upsala", contenant 16 photographies.

Deux photographies extraites de l'ouvrage de 1879 :

 voir photo 1
 voir photo 2

L'étude des formes des nuages prend de plus en plus d'importance. Les observations et les mesures au sol ne suffisent pas à faire connaître la circulation de l'atmosphère, alors que les nuages apportent des informations sur les conditions et les mouvements qui évoluent à différents niveaux.

Il reste à déterminer si les formes des nuages sont les mêmes partout, ce que le météorologiste anglais, R.Abercombry, entreprend à la fin des années 1880 en effectuant deux voyages autour du monde. Son but est de photographier tous les aspects possibles des nuages. Cette täche est facilitée par l'emploi du procédé photographique au gelatino-bromure d'argent : le temps de pose est court, et le matériau ne nécessite pas de manipulations compliquées comme c'était le cas précédemment avec le collodion humide.

A son retour il expose ses résultats dans un article intitulé : " Sur l'identité des formes de nuages tout autour du monde " et il s'associe à H.H.Hildebrandsson. Un premier " Atlas des nuages " est publié en 1890.

Quelques images du premier atlas de photos de nuages :

 Altocumulus
 Cirrus
 Planche 1
 Planche 2

L'année suivante, la conférence météorologique réunie à Munich décide de publier un " Atlas international des nuages " et elle nomme un comité de l'atlas chargé d'organiser l'iconographie. Cet ouvrage paraît en 1896, édité aux frais du météorologiste français Léon Teisserenc de Bort avec la nouvelle classification, due à H.H.Hildebrandsson et à R.Abercombry.

La photographie, un nouveau média, fut un moyen de communiquer par l'image entre tous les services météorologiques en utilisant la même langue. L'Europe météorologique existait déjà à la fin de 19ème siècle.

Depuis, cette classification a évolué vers celle qui est employée actuellement par les membres de l'Organisation météorologique mondiale, O.M.M.
Une deuxième version de l'Atlas international des nuages, contenant 174 planches est parue en 1939 et la dernière version, toujours d'actualité, date de 1956.
A l'époque du numérique et du presque tout automatique, on ne peut qu'admirer la ténacité de ces hommes et s'émerveiller devant la beauté des images qui donnent envie " de se perdre dans les nuages ".
Les météorologistes ont établi à l'aide de la photographie un immense dictionnaire des formes, une sorte de répertoire photographique des individus nuageux.

 voir carte

Yann-Arthus Bertrand, photographe engagé

Pour Yann Arthus-Bertrand, auteur du livre "La Terre vue du ciel" , la photographie de notre planète ne se contente pas d'une approche uniquement esthétique. Même s'il se qualifie de "contemplatif de la Terre", comme tout individu sensible à la beauté de la Nature, il cherche avant tout à témoigner. "On est là pour réfléchir sur notre avenir, on est tous responsables", surenchérit-il. La beauté de la Nature, telle qu'il la présente, laisse voir de nombreuses traces du passage de l'homme et les menaces qui pèsent sur elle. Pollution, environnement, effet de serre, urbanisation, surpopulation : la prise de conscience est urgente. "Je fais partie de ces millions de gens qui essaient de faire avancer les choses", nous confie-t-il modestement.

Et la météo dans le projet "La Terre vue du ciel" ?
Les phénomènes météorologiques font partie d'un tout, ils s'intègrent dans le paysage, sans plus.
"La météo fait partie des choses indispensables pour mon travail". Lorsque le photographe arrive sur un site, il est tributaire des conditions météorologiques : c'est toujours la lumière qui décide. Une étude climatologique préalable est nécessaire pour préparer le voyage. "Comme je photographie de loin, j'ai besoin de contrastes, il faut que ce soit bien dessiné… il faut de la lumière, rasante en général. J'ai besoin de prévisions météo assez précises, surtout quand on part loin, on ne peut pas attendre là-bas que les conditions soient réunies."
Si la qualité actuelle des prévisions à 3-5 jours satisfait pleinement le photographe, il mesure toute la difficulté de la prévision immédiate. Brouillard ou nuages bas, orages isolés, averses localisées sont autant d'embûches auxquelles il faut faire face. Les progrès de la prévision immédiate font partie des plus attendus.

Quels projets pour demain ?
Yann Arthus-Bertrand est bien décidé à continuer la description de l'état de la Terre, et exposer dans les grandes villes du monde entier pour favoriser la prise de conscience. Son prochain projet photographique s'étale sur 3 ans : "la France vue du ciel".
Et n'oublions pas son nouvel ouvrage, "La Terre racontée aux enfants", aux éditions de La Martinière.

 voir la galerie photo Météo France


Voir aussi



Haut de page