De la définition de la neige à ses conséquences en basse altitude, en passant par sa qualité et son évolution : un dossier complet agrémenté d’exemples qui répondra à vos questions et vous permettra de mieux comprendre ce phénomène… Qu’est-ce que la neige, à quelle température et à quelle période tombe-t-elle ? La neige est un ensemble de précipitations sous forme solide (cristaux de glace, grains…) qui tombent d’un nuage lorsque la masse d’air est à température négative ou voisine de 0°C. Sous nos latitudes, la neige tombe en plaine par une température sous abri comprise en général entre +1°C et –5°C (plus rarement entre –5 et –10°C, et entre +1 et +2°C). Ces précipitations se produisent généralement en période hivernale de décembre à février, mais peuvent débuter en octobre-novembre et se prolonger jusqu’en avril. Leur durée va de quelques heures à quelques jours, pouvant aller plus rarement jusqu’à plusieurs semaines. Qualité et évolution de la neige On distingue 3 types de neige selon qu’elle contient plus ou moins d’eau liquide et selon la température dans les basses couches (premiers kilomètres) de l’atmosphère. la neige sèche. Assez rare en plaine, elle se forme par temps froid (moins de – 5°C). Elle est poudreuse, légère, car elle contient peu d’eau liquide. Elle vole, n’adhère pas au sol, se compacte difficilement et est facilement chassée sur les routes par le trafic automobile. la neige humide. Fréquente entre – 5° et 0°C, elle est plus lourde, car elle contient davantage d’eau liquide. Elle se compacte aisément (boules de neige…) et adhère fortement au sol. la neige mouillée. Fréquente entre 0 et + 1°C, elle contient beaucoup d’eau liquide. Elle est lourde et ruisselle d’eau. Sur les routes, le trafic automobile l’évacue facilement, mais l’évolution ultérieure de la température peut la faire regeler sous forme de plaques de glace. L’évolution de la neige De sa formation en altitude à sa fonte au sol, la neige évolue continuellement sous l’action de deux principaux paramètres : la température et le vent. Température et formation de la neige. La température à l’altitude de sa formation conditionne la structure des cristaux (sous forme d’étoiles entre – 16 et – 13°C, de plaquettes vers – 12°C, d’aiguilles ou de colonnes vers – 6°C). Température et évolution de la neige au cours de sa chute. La neige fond ou non en pluie suivant la température de l’air qu’elle rencontre au cours de sa chute. Une épaisseur de l’ordre de 500 m d’air à température positive au-dessus du sol (isotherme 0°C > 500 m) est considérée comme généralement suffisante pour faire fondre la neige avant son arrivée au sol. Température au voisinage du sol et qualité de la neige. Plus la température est basse, plus la neige sera légère, et plus la température est élevée (0°C ou un peu plus), plus la neige sera lourde et se tassera rapidement. Température et neige au sol. A 0°C, la neige est un mélange de glace, d’eau liquide et de vapeur d’eau. Si la température baisse, l’eau liquide regèle et le manteau neigeux se durcit. En cas de redoux, au contraire, la neige s’évacue comme de la pluie. Il peut arriver qu’un redoux en cours de journée soit suivi d’un fort refroidissement qui entraîne la formation généralisée de plaques de glace. Vent et neige au sol. Le vent tasse la neige au sol. S’il est assez fort, il forme des congères, des amas de neige accumulée derrière des obstacles ou des irrégularités du terrain. Effets et conséquences de la neige en plaine Circulation routière : Forte baisse de visibilité lors des chutes de neige, formation de congères par vent assez fort, routes rendues très glissantes (avec possibilité de plaques de glace), d’où risques de blocages de la circulation, de difficultés à gravir les côtes et surtout de dérapages et d’accidents. Ces conséquences, particulièrement sensibles en ville, concernent aussi les piétons et les deux-roues. Circulation ferroviaire : Perturbations de la circulation des trains (ruptures de caténaires en cas de neige lourde, problèmes d’aiguillages…).
Circulation aérienne : Fortes perturbations du trafic aérien, les pistes d’envol ou d’atterrissage devenant très glissantes (même pour une couche de neige de quelques centimètres d’épaisseur).
Accumulation sur les toitures et les arbres : Effondrement des toits d’habitations – rarement – ou de serres – plus souvent – sous l’effet du poids de la neige en cas de fortes précipitations (survient assez fréquemment dans le Midi méditerranéen, où la neige est souvent lourde, car tombant par température légèrement positive). Détachement de couches de neige pouvant tomber depuis le toit sur les passants. Également ruptures de branches d’arbre. A noter : différence entre la neige et la grêle ? La genèse de la grêle est tout autre : elle se forme uniquement dans des nuages d’orage et d’averses puissants, parcourus par des courants descendants et ascendants qui promènent rudement les grêlons. Ceux-ci sont des conglomérats inorganisés de cristaux et d’eau liquide dont la surface, tandis qu’ils grossissent, fond et regèle alternativement. La compacité, la forme, le volume, le poids d’un grêlon peuvent lui faire atteindre le sol sous des températures tropicales. Le flocon de neige, lui, devient déjà une goutte de pluie vers + 2° C. Exemples d’épisodes neigeux à basse altitude en France Régions continentales Exemples d’épisodes de neige poudreuse tombée à basse altitude par température négative. Ce type de chutes de neige (analogue à celui qui se produit le plus fréquemment en montagne) s’observe surtout dans les régions les plus continentales ou en cas de vague de froid durable ; la couche peut devenir importante par accumulation sur une ou plusieurs journées. Février 1986, Luxeuil, en Haute-Saône (49 cm), et Colmar (43 cm) : accumulation sur une période de plusieurs semaines au cours d’une vague de froid particulièrement durable dans le Nord-Est de la France. Exemples antérieurs : février 1958, Strasbourg (46 cm) ; janvier 1962, aéroport de Bäle-Mulhouse (44 cm) ; janvier 1964, Dijon (43 cm) ; janvier 1971, Grenoble (45 cm : voir plus loin, même date, l’exemple de Valence et Montélimar). Cas d’isothermie sur des régions continentales Novembre 1982, Saint-Étienne (41 cm) : lors de cet épisode, la couche atteignait 30 à 40 cm sur la colline de Fourvière, à l’ouest de Lyon, alors qu’il n’y avait pas de neige à l’est, à l’aéroport de Lyon-Bron ; ce cas, où l’on s’est trouvé à la limite entre pluie et neige durant plusieurs heures, est typique du rôle prépondérant que joue alors le relief. Novembre 1996, Besançon (20 cm) : isothermie après de fortes pluies. Neige en plaine sur des régions côtières Exemples d’épisodes de neige causés par une perturbation océanique qui vient se bloquer sur de l’air très froid recouvrant la majeure partie de la France. Ce type de chutes de neige s’observe lors de grandes vagues de froid, durables et sévères (exemple : février 1956) ; la neige, abondante, touche alors les régions côtières ou subcôtières et pénètre peu dans l’intérieur du pays. Décembre 1970 et janvier 1971, Valence (84 cm) et Montélimar (60 cm) : blocage total de l’autoroute du Sud sur la vallée du Rhône ; c’est le même épisode qu’à Grenoble (voir plus haut, même date), où la température était cependant très basse et la neige très poudreuse. La virulence d’une perturbation méditerranéenne a transféré ici le conflit de masses d’air un peu plus loin des côtes que pour la plupart des autres épisodes. Janvier 1985, Nice (38 cm). Exemples antérieurs : février 1954, Perpignan (85 cm) et Le Luc, dans le Var (60 cm) ; février 1956, Saint-Raphaël (60 cm) et Le Luc (56 cm). Cas d’isothermie sur des régions côtières Janvier 1980, Carcassonne (44 cm). Janvier 1981, Carcassonne (55 cm). Février 1983, Landivisiau, dans le Finistère (41 cm). Janvier 1992, Carcassonne (54 cm) et Perpignan (46 cm). Neige sur la région parisienne Exemple d’épisode de neige causé par une perturbation arrivant sur la région parisienne par le nord-ouest. Cette perturbation active s’est heurtée à de l’air froid résiduel – bien que l’on fût en pleine journée – et il en est résulté une neige assez abondante ; en outre, le vent fort a entraîné la formation de quelques congères. 12 janvier 1999, Île-de-France et Eure-et-Loir (entre 5 et 10 cm, jusqu’à 10 cm à Toussus-le-Noble et à Versailles), un cas aux conséquences très importantes pour la circulation : la neige est tombée en fin d’après-midi, à l’heure des sorties de bureau, et la couche de neige a été suffisante pour paralyser les véhicules et les trains jusqu’en milieu ou en fin de nuit, provoquant durant tout ce temps une pagaille monstre. Cas d’isothermie sur la région parisienne 2 décembre 1997 en seconde partie de nuit, Paris et Île-de-France (au matin : 13 cm à Trappes, 10 cm à Villacoublay, 7 cm à Orly), un cas aux conséquences importantes pour la circulation : après des pluies soutenues en soirée et en première partie de nuit, les précipitations se sont transformées en pluie et neige mêlées puis, à partir de 5 heures légales, en neige ; la couche de neige a été suffisante pour bloquer les aéroports, les routes et partiellement les trains. L’isothermie était ici caractéristique et la prévision délicate (les bulletins avaient fait état de pluies mais non de neige). Episode de neige sur Paris et l’Ile-de-France le 4 janvier 2003 Lors de cet épisode au retour des vacances de Noël, les aéroports d’Orly et de Roissy ont été fortement perturbés et plusieurs milliers d’automobilistes ont dû passer la nuit dans leur voiture. Cet événement a eu un très fort retentissement médiatique. Des risques de neige avaient été prévus la veille avec la diffusion d’un METEOFLASH. Les chutes de pluie se sont transformées en neige qui a tenu au sol (hauteur maximale de 5 à 7 cm) puis en verglas tenace avec une température descendant dans l’après-midi. à -2°C. Neige en plaine sur une bande étroite Exemple d’épisode de neige causé par la contiguïté d’une masse d’air doux et très humide et d’une masse d’air froid qui entrent en conflit dans l’intérieur du pays, mais sur une bande étroite (dans ce genre de situation, la couche de neige peut devenir très importante par accumulation lorsque la zone de blocage reste la même au cours de l’épisode). 4 janvier 1979, ruban d’une cinquantaine de km de largeur s’étendant depuis la région de Caen jusqu’à l’ouest de l’Yonne et à la Saône-et-Loire en passant par la région d’Étampes (de 30 à 50 cm) : une perturbation pluvieuse est venue buter le long de ce ruban contre de l’air très froid. Il ne neigeait pratiquement pas 30 km plus au nord-est et il pleuvait 30 km plus au sud-est : ainsi, on a relevé 50 cm à Étampes mais, au nord-est, 13 cm à Brétigny-sur-Orge et rien à Paris, et au sud-est, 10 cm à Orléans et rien au-delà où il pleuvait ; de même a-t-on noté 50 cm dans l’ouest de l’Yonne contre 30 cm à Auxerre et pratiquement rien dans l’Aube. isothermie