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Les prévisions saisonnières pour le trimestre février, mars et avril 2016


29/01/2016

Qu'est-ce que la prévision saisonnière ?

La prévision saisonnière a pour objectif de déterminer le climat moyen sur les trois mois à venir, à l'échelle d'une région comme l'Europe de l'Ouest. Contrairement aux prévisions à échéance de quelques jours, l'information n'est pas détaillée ni chiffrée, mais présentée sous forme de prévisions qualitatives qui renseignent sur les grandes tendances (plus chaud ou plus froid, plus sec ou plus humide que la normale). Les climatologues analysent les résultats de modèles numériques comparables à ceux utilisés pour réaliser les prévisions à court terme, mais intégrant la modélisation des océans. Dans certains cas, aucun scénario dominant ne se dégage : faute d'éléments probants susceptibles d'influencer le climat des prochains mois, il est impossible de privilégier une hypothèse. Les performances des prévisions saisonnières sont très variables. Elles sont meilleures pour la température que pour les précipitations, et, pour la température, meilleures en hiver qu'en été. La fiabilité de ces prévisions est bien meilleure outre-mer qu'en métropole, en particulier pour les précipitations.

En savoir plus : notre dossier « la prévision saisonnière ».


Situation générale fin 2015/début 2016

Le phénomène El Niño en cours sur le Pacifique Équatorial est toujours l'élément majeur de l'état actuel du système climatique planétaire (figure 1). Le maximum d'intensité du phénomène a été vraisemblablement atteint ; il est généralement admis que ce phénomène atteint son maximum en toute fin d'année. Cet événement El Niño est d'un niveau comparable à celui de l'évènement de 1997/1998 qui restait jusqu'ici le plus intense observé depuis le début des mesures dans les années 1950.

Carte d'anomalies de température de surface de l'océan

Figure 1 : anomalies de température de surface de l'océan en décembre 2015 en °C par rapport à la normale 1992-2013 (source : Mercator Océan). Le phénomène El Niño est clairement visible dans l'océan Pacifique au niveau de l'Équateur (eaux plus chaudes que la normale du jaune au rouge). L'océan indien est également entièrement plus chaud que la normale.
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Les simulations des différents modèles de prévisions saisonnières de par le monde indiquent que les anomalies de température de surface de l'océan dans le Pacifique vont maintenant amorcer une baisse, qui va s'accélérer durant les premiers mois de 2016, suivant ainsi un schéma temporel classique (figure 2). Cependant, étant donnés l'intensité remarquable de ce Niño et le couplage intense entre l'océan et l'atmosphère, les impacts de cet épisode (en matière de températures et précipitations) vont se faire sentir pendant encore plusieurs mois.

Carte d'anomalie moyenne de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone "Nino3.4"

Figure 2 : anomalie moyenne de température de surface de l'océan Pacifique dans la zone "Nino3.4" prévues par les modèles de l'ensemble EUROSIP (Météo-France, Centre européen de prévision météorologique à moyen terme, Met Office, National Centers for Environment Prediction). En pointillés bleus : les observations des mois passés, en jaune et orange : les prévisions pour les mois à venir. 50% des simulations se trouvent dans la partie orange foncé du panache, 15% supplémentaires dans chaque zone voisine en orange clair, et encore 8% supplémentaires dans chaque zone jaune. Le panache montre la baisse prévue des anomalies durant les premiers mois de 2016.

Le phénomène El Niño, en place depuis plusieurs mois, a des impacts directs dans la zone du Pacifique ainsi que sur l'ensemble des régions tropicales du globe, concernant ainsi tous les départements et territoires d'outre-mer français. Au-delà, comme il est bien établi et très stable, il augmente l'inertie de l'ensemble du système climatique océan-atmosphère mais ne peut expliquer tous les phénomènes météorologiques des régions tempérées. Ainsi, les statistiques établies depuis 1950 ne montrent pas de corrélation entre les températures observées sur le continent européen et la présence du phénomène El Niño. L'extrême douceur de la fin d'année en Europe ne peut donc pas être directement attribuée à l'évènement El Niño actuel, mais beaucoup plus sûrement à la position particulière des centres d'actions atmosphériques (anticyclones et dépressions) au-dessus de l'Atlantique Nord et de l'Europe - qui a favorisé les vents de secteur sud-ouest à sud sur l'Europe Occidentale, sources de douceur - ainsi qu'au contexte général de réchauffement climatique.
 

Prévisions pour le trimestre février, mars et avril 2016

Pour les températures :

La probabilité d'anomalies chaudes de l'atmosphère est importante sur la plus grande partie du globe (figure 3). Les probables anomalies froides, peu nombreuses, concernent  les zones océaniques où la température des eaux de surface se maintiendra en dessous de la normale. Quelques régions continentales ou en bordure des zones océaniques froides connaîtront des températures plus proches des normales (voire légèrement inférieures) : le Mexique et le sud des États-Unis, le nord de l'Argentine, l'Islande, l'Irlande et le nord des îles Britanniques.

Probabilités de températures pour février mars et avril 2016

Figure 3 : probabilité d'anomalies de température prévues pour le trimestre prochain (février-mars-avril) par la moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (MétéoFrance, Centre européen de prévision météorologique à moyen terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). Du bleu clair au bleu foncé, les zones où les températures devraient être inférieures à la normale. Du jaune au rouge, celles où elles devraient être supérieures à la normale. En blanc, les zones où aucun scénario chaud ou froid ne prédomine (le scénario normal prédomine ou bien  les 3 scénarios sont équiprobables).
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Pour les précipitations :

La contribution du phénomène El Niño est majeure et persistante dans la répartition des prévisions d'anomalies de précipitations, avec une très forte probabilité d'un excédent de précipitations sur le centre et l'est du Pacifique équatorial s'étendant vers la côte ouest des États-Unis, le nord du Mexique, le sud des États-Unis et jusqu'à Cuba. Il existe également une très forte probabilité d'un excédent de précipitations sur l'Uruguay, le nord de l'Argentine, la corne de l'Afrique et l'Indonésie. La probabilité d'anomalie sèche sur le nord-est de l'Amérique du sud est toujours très forte. Du Vanuatu jusqu'à la Polynésie, les anomalies sèches sont probables, comme sur le sud de l'Afrique et Madagascar.
 
 


Probabilités de précipitations pour février mars et avril 2016

Figure 4 : probabilité d'anomalies de précipitation prévues pour le trimestre prochain (février-mars-avril) par la moyenne des modèles de l'ensemble EUROSIP (MétéoFrance, Centre européen de prévision météorologique à moyen terme, Met Office, National Centers for Environmental Prediction). Du vert clair au vert foncé, les zones où les précipitations devraient être supérieures à la normale. Du marron au beige, celles où elles devraient être inférieures à la normale. En blanc, les zones où aucun scénario sec ou humide ne prédomine (le scénario normal prédomine ou bien les 3 scénarios sont équiprobables).
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Sur l'Europe et la France métropolitaine

L'Europe n'est pas directement impactée par les conséquences du phénomène El Niño. Les simulations issues des modèles de prévision saisonnière, sans s'accorder parfaitement dans cette partie du globe, suggèrent cependant une circulation atmosphérique générale favorable aux anomalies chaudes. Un scénario plus chaud que la normale semble donc très probable, sauf sur l'Islande, l'Irlande et le nord des îles Britanniques, qui devraient connaître des températures plutôt proches des normales.

Carte de prévisions saisonnières probabilistes de températures


Figure 5 : synthèse pour les températures des prévisions probabilistes issues des modèles de l'ensemble EUROSIP. Pour chaque zone géographique délimitée par les pointillés : en bleu : la proportion de simulations correspondant à des températures inférieures à la normale ; en gris : celle des simulations correspondant à des températures proches de la normale ; en rouge : celle des simulations suggérant des températures supérieures à la normale.
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Au chapitre des précipitations, les simulations numériques suggèrent un découpage nord-sud des anomalies. Sur l'Afrique du Nord et la Méditerranée, c'est un déficit de précipitations qui est le plus probable. Les modèles prévoient en revanche des précipitations supérieures à la normale sur la plus grande partie nord de l'Europe.

Carte de prévisions saisonnières probabilistes de précipitations

Figure 6 : synthèse pour les précipitations des prévisions probabilistes issues des modèles de l'ensemble EUROSIP. Pour chaque zone géographique délimitée par les pointillés : en orange, la proportion de simulations correspondant à des précipitations inférieures à la normale; en gris celle des simulations correspondant à des précipitations proches de la normale ; en vert, celle des simulations suggérant des précipitations supérieures à la normale.
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Outre mer

Compte-tenu de l'évènement El Niño dont les impacts vont perdurer pour les prochains mois, la prévisibilité est accrue dans les régions tropicales. La confiance est donc particulièrement bonne pour la plupart de ces régions.

Océan Atlantique

Antilles

Un trimestre chaud est très probable. Pour les précipitations, le scénario est moins tranché : si le nord des Antilles françaises devrait connaître un scénario neutre, voire plutôt humide, le sud (la Martinique) devrait connaître un scénario plutôt sec.

Guyane

Un trimestre chaud est très probable. Les trois mois à venir devraient également être plus secs que la normale.

Saint-Pierre et Miquelon

Le scénario qui se dégage est celui d'un trimestre plus doux que la normale. Au chapitre des pluies, aucun scénario ne se dégage.

Océan Indien

Sur le sud-ouest de l'océan Indien, la saison cyclonique (février-avril) devrait être moins intense que la normale ou proche de la normale.

La Réunion et Mayotte

Les modèles s'accordent sur un trimestre plus chaud que la normale. Aucun scénario n'est privilégié pour les précipitations pour Mayotte alors que l'île de La Réunion devrait connaître un climat plutôt plus sec que la normale.

Océan Pacifique

En Nouvelle-Calédonie 

Le scénario chaud et sec est très probable.

À Wallis et Futuna

Le scénario chaud et sec est probable.

En Polynésie

Les cyclones épargnent généralement la Polynésie, mais dans un contexte de fort El Niño, ils voient leurs zones de formation et leurs trajectoires modifiées et peuvent venir menacer cette région du globe. En cas de cyclone, les cumuls de précipitations peuvent alors être temporairement très importants, indépendamment du type de temps dominant le reste de la saison. La probabilité de voir évoluer un cyclone sur les eaux Polynésiennes est supérieure à 90% pour le trimestre à venir. Ce risque concerne plus particulièrement les archipels de la Société, des Tuamotu et des Australes.

Les anomalies de précipitations et de températures sont très liées aux anomalies de température de l'océan dans un contexte El Niño. Le trimestre à venir devrait ainsi être plus chaud et plus humide que la normale sur la partie nord de la Polynésie (les Marquises en particulier). L'archipel des Australes, sous l'influence de l'anomalie froide de température de surface du Pacifique sud, devrait par contre connaître des températures et des précipitations inférieures à la normale.


Le prochain bulletin sera publié fin février 2016.

* Les prévisions utilisées par Météo-France dans cette analyse sont issues des résultats des modèles de Météo-France, du Centre européen de prévision météorologique à moyen terme (CEP), du Met Office britannique (Met Office), du National Centers for Environmental Prediction américain (NCEP), de la Japan Meteorological Agency (JMA) et des résultats des programmes multi-modèles Eurosip (composé des modèles de Météo-France, du CEP, du Met Office et du NCEP) et de l'expérience multi-modèles menée en Corée du Sud sous l'égide de l'OMM (LC-MME).


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